Même les poissons volent. François Suchel
- 17 déc. 2025
- 3 min de lecture

L'Annécien François Suchel, pilote de ligne, photographe, réalisateur et auteur, publie Même les oiseaux volent, résultat de quatre ans d'enquête, au cœur du fret aérien. Des mangues sans goût, des poussins d'un jour, des cadavres, voyagent en soute, parfois en même temps que les passagers. Une chronique économique et humaine qui donne le tournis.
François Suchel est devenu pilote de ligne à l’âge de 21 ans. À 56 ans, il est commandant de bord sur des vols long-courriers et totalise 34 années de vol chez Air France. Ce passionné de l’aéropostal, fasciné par les exploits de Saint-Exupéry, Guillaumet et Mermoz assouvit son besoin d’ailleurs en devenant lui-même écrivain aviateur. En 2015 il publie, Sous les ailes de l’hippocampe, récit de son périple à vélo entre Canton et Paris, en suivant au plus près la ligne aérienne du vol Canton-Paris. L’année suivante, Avec, 6 minutes 23 séparent l’enfer du paradis, il publie des anecdotes de pilotage et des récits d’incidents. Suivent, Le serment de Piana (2018) un récit d’un crash en mer, Liberté, foulées, fraternité (2020) récit d’une traversée de l’Himalaya en trail, Le Joker (2020) une biographie du célèbre pilote d’hélicoptère Pascal Brun et Un biographie illustrée de Saint Exupéry en 2021. Il publie en cette fin d’année 2025, Même les poissons volent, une réflexion sur le fret aérien.
Comment est née l’idée du livre ?
F.S. : Pendant la période du Covid, on a continué à voler, sans passagers, mais avec des marchandises en cabines. Je me suis dit qu'on ne pouvait pas se passer de ces flux de marchandises. Ça m'a interpellé. Parallèlement, je me posais depuis longtemps des questions liées à l’impact environnemental de l'avion. J'ai décidé d'explorer ce secteur du fret aérien. Généralement, en tant que pilote, on ne sait pas ce qu'on transporte, sauf lorsque ce sont des marchandises dangereuses. J’ai utilisé mes contacts et mon réseau, dans les différentes escales, pour entrer en contact avec des transitaires, puis des producteurs. Mon objectif était de rencontrer les acteurs en bout de chaîne et de raconter leur histoire, les petits producteurs ou des petites mains, des ouvriers, des ouvrières, comme cette ouvrière dans la ferme de fleurs au Kenya, ou alors cette ouvrière malgache qui travaille dans un atelier de confection. Mon idée, c'était de raconter, via le prisme du fret aérien, le monde dans toute son ambivalence.
Ce que vous avez découvert vous a étonné ?
F.S. : Oui, par exemple le transport des fleurs. J’ai été étonné par les quantités transportées. Chaque semaine, 3 500 tonnes de roses, soit la charge marchande de trente-cinq Boeing 777 s’envolent de Nairobi au Kenya vers Amsterdam. C’est un business faramineux. Ces fleurs approvisionnent Aalsmeer, le plus gros marché aux fleurs du monde, à côté de l'aéroport d'Amsterdam. J’ai été aussi marqué par l’histoire de Katicia, qui triait des déchets dans une décharge à Madagascar avant de trouver un emploi comme petite main dans un atelier de confection. Elle fabrique des sacs en raphia pour les plus grandes marques de luxe. Un emploi qui dépend du fret aérien. Plus globalement, c’est l’expansion du fret qui m’a étonné. Entre 1910 et aujourd’hui, la croissance a été exponentielle.
Le fret aérien est-il destiné à croitre indéfiniment ?
F.S. : On constate que la croissance du fret a épousé la croissance du transport de passagers. En Europe, c’est un sujet qui questionne en matière d’enjeux environnementaux, mais le monde est vaste, et en Asie, en Amérique ou en Afrique, ces questions ne se posent pas.
Ce constat a-t-il une influence sur vos propres habitudes ?
F.S. : Déjà, je n’achète pas de roses en hiver ! Bien que j’aie des facilités pour voyager, je me restreins : je ne fais pas de grands voyages tous les ans. Pendant deux ans, je n'ai pas eu de voiture. J'ai fait l'expérimentation de l'autopartage. Je vole moins aussi à titre professionnel puisque je travaille à temps partiel. Je fais deux vols par mois maximum à titre professionnel. Comme ma base est à Paris et que j'habite à Annecy, je monte en train. C'est plus cher, c'est plus long, c'est moins pratique, mais je le fais parce que je n'ai pas envie de rajouter ça à mon bilan carbone. Je repense souvent à une phrase de Saint-Exupéry « Je suis ce que je pense ». Pour moi, c'est un peu un horizon. Les actions individuelles, même si elles ne changent pas le monde, sont importantes pour être en accord avec ce qu'on pense.


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